Tropa de elite
1997, Rio de Janeiro. Le pape Jean-Paul II viendra visiter la ville dans 6 mois, dans ce pays à grosse majorité catholique. Malheureusement la cité est l’une des plus violentes du monde : les gangs trafiquants de drogues y font la loi. Armés jusqu’aux dents, ils font jeu égal avec les autorités officielles au niveau des moyens matériels (uzis, fusils d’assault, grenade…).
Les politiques ont décidé de nettoyer la ville de cette racaille, mais au problème des armes s’ajoute celui de la corruption des cadres de la police (des fois très haut placés) et de la forte impopularité de ses agents.
C’est dans ce contexte que José Padilha nous fait suivre les péripéties de 2 agents des forces de l’ordre poursuivant l’un des plus gros gangs d’une favela des collines de la ville.
Nascimento est capitaine d’une unité de la BOPE, unité d’intervention paramilitaire (équivalent du GIGN brésilien) discrète lors des infiltrations mais ne négligent pas sur les moyens lors des face à face. Très impliqué et excellent dans son boulot, il est néanmoins partagé entre la poursuite de sa carrière dans ce métier à haut risque et l’arrivé imminente d’un heureux évènement dans son couple. Rajoutez à cela ses relations difficiles avec certains de ses supérieurs corrompus. Sans doute le personnage le plus complexe du film, il est très intéressant d’observer ses changements de comportement ainsi que la pression psychologique que lui impose son poste.
André est un policier infiltré en fac de droit. Oui, ça étonne au premier abord : le but de l’opération est de s’approcher des dealeurs par l’intermédiaire des étudiants (dont les soirées sont très fournies en drogues) et ainsi remonter au pouvoir des gangs. Cette idée apparaissant saugrenue reflète cependant la réalité du terrain, puisque qu’un message du réalisateur nous indique au début du film que le scénario est tiré de faits réels (dires de policiers). José Padilha a l’excellente idée de présenter André dans le contexte d’un devoir de recherche sur la façon dont le pouvoir peut pervertir les institutions. S’en suit une passionnante scène de discussion entre les élèves sur la police; André étant seul contre tous pour la défendre. Ceci montre à quel point une partie de la société brésilienne (hautes et moyenne classe) participent indirectement à cette violence des bidonvilles. Ils sont les premiers « sponsors » des gangs vendant de la drogue et méprisent tout ce qui ressemble à un policier qui sont pour eux tous violents et corrompus.
André voulant faire partie de la BOPE, il rejoindra Nascimento dans de choquantes scènes d’entrainement pour entrer dans ces unités. Ressemblant parfois à Full Metal Jacket (la dérision en moins) et rappelant des reportages tv sur le GIGN, cette partie du film est impressionnante de tous points de vue. Je pense d’ailleurs que la « scène de la grenade » deviendra culte.
La violence. C’est sans aucun doute ce que certains ont reproché à ce film. Mais c’est la dure réalité des favelas ainsi que des méthodes de la BOPE. Ces agents n’hésitent pas à menacer et torturer pour arriver à leurs fins. Leurs habits noirs ainsi que leur symbole en forme de tête de mort ne sont pas que des apparats.
Des acteurs convaincant, un sujet « coup de poing », des scènes d’action dures ainsi qu’une réalisation cinématographique réussie ont permis à cette œuvre d’obtenir l’Ours d’or à Berlin cette année. Après le très bon « Julia », ceci nous prouve la grande qualité de la sélection 2008.
Ce film sortira en septembre 2008 en France. Je vous le conseille vraiment.



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